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Lettre à mes ami.e.s de gauche qui ne voteront pas contre Le Pen le 7 mai


Lettre à mes ami.e.s de gauche qui ne voteront pas contre 
Le Pen le 7 mai 
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Par Johan Hufnagel — 27 avril 2017 à 11:52




Je voudrais m’adresser calmement à ceux qui ont décidé de ne pas aller voter contre Le Pen parce que Le Pen et Macron, ce serait blanc bonnet et bonnet blanc et à ceux qui hésitent à aller voter parce que «c’est sûr, Macron aura une majorité». J’ai beau tourner le problème dans les tous sens, comprendre certaines réticences à voter pour un candidat soutenu par la droite, des grands patrons, des libéraux prêts à sacrifier les ouvriers de Whirlpool au nom d’un grand dessein radieux, je n’arrive pas à croire qu’au final, vous bouderez les urnes.
Pas d’injonction ; pas de leçon de morale; pas de culpabilisation. Nous faisons tous la différence, comme l’a rappelé très fortement Benoît Hamon dans son discours de défaite, dimanche, entre nos adversaires fondamentaux et nos ennemis existentiels. Emmanuel Macron a, pour certains d’entre vous, le visage de l’adversaire, mais il n’est pas l’ennemi. C’est bien Marine Le Pen l’ennemie de la démocratie, de la République, l’alliée des racistes, des antisémites, des négationnistes, des groupuscules ultraviolents et homophobes. Lui laisser une seule voix revient à abandonner cette précieuse ligne de démarcation entre l’ennemie qui veut nous tuer et l’adversaire qui veut nous convaincre. Lui laisser une seule de nos voix reviendrait à faire taire les combats des gauches dont nous nous réclamons et les batailles que nous avons menées contre l’extrême droite.
Plusieurs arguments vous plongent dans le non-vote. Examinons-les un par un. Le premier, c’est qu’en cas de victoire, Marine Le Pen n’aurait que des pouvoirs limités, notamment parce que le FN ne peut obtenir de majorité à l’Assemblée nationale. Ce n’est pas complètement juste. Le pouvoir d’une Marine Le Pen, même diminué par une cohabitation, reste immense et devrait suffire à lui seul à convaincre de ne pas lui laisser la moindre chance. Nominations au sein de la haute fonction publique, à la tête de grands établissements publics, des membres du Conseil constitutionnel… Sans parler du fameux article 16, et de cet état d’urgence qui n’est toujours pas levé, porte ouverte à toutes les interprétations. François Mitterrand a bien montré comment, même retranché à l’Elysée, il a pu se saisir de la puissance de l’Etat pour se faire réélire, et mettre ses adversaires politiques sur écoute. Vu comment la députée européenne d’extrême droite a réussi à détourner l’argent de l’Europe tant honnie pour enrichir son parti, l’argent de la gueuse devrait continuer de remplir les poches du FN. Laisser les clés du Château à Le Pen, c’est lui laisser la possibilité d’y rester. Une Marine Le Pen présidente, c’est une cheffe de l’Etat qui pourra bénéficier d’une immunité jusqu’à la fin de son mandat, s’il a lieu. L’Histoire nous rappelle comment l’extrême droite réussit à se hisser au pouvoir en douceur et combien il est difficile de l’en déloger. Faut-il prendre ce risque ?
Le second argument en faveur d’une grève des urnes, c’est que Marine Le Pen ne pourra jamais franchir le seuil de 50% des voix. Il se tient. Même avec une forte abstention et un mauvais report de voix, les risques de voir la candidate d’extrême droite élue, certes existants, sont faibles. Mais une Le Pen à 40%, ce n’est pas la même chose qu’une Le Pen à 30%, voire à 20%. Plus le score du FN est élevé, plus il marque la lepénisation des esprits à laquelle ni la droite ni la gauche n’ont su résister. Un FN à 20%, c’est un nouveau non net et définitif. A 30%, il symbolise un FN qui continue de s’installer dans les têtes. Il devient le premier parti de France. A 40% et au-dessus, il est dans une dynamique pour partir à l’assaut de l’Assemblée nationale. Et remporter un nombre élevé de députés. Pour une tête de parti qui a bien failli rejoindre les zombies de la politique (Hollande, Sarkozy, Juppé, Valls…) il y a quatre jours, la voilà relancée à pleine vitesse.
Faire baisser la température du FN, c’est aussi une chance de baisser la porosité entre ses idées, les autres partis et les esprits. La vraie victoire du Front, nous l’avons dit et répété, c’est sa capacité à imposer ses thèmes, à anesthésier le débat, à simplifier le monde quand celui-ci devient de plus en plus complexe. Un FN à 20%, c’est une chance pour les politiques de retourner sur le terrain des idées, de régler les problèmes de fond qui sont le terreau du Front. Un FN à 40%, c’est encore plus de logorrhée libérée, encore plus de racisme, d’islamophobie et d’antisémitisme décomplexés. Est-ce cela que nous voulons pour tous nos compatriotes stigmatisés, noirs, arabes, juifs, notamment ? Ne trouvons-nous pas que la vie est déjà suffisamment difficile pour eux et il faudrait en rajouter une couche supplémentaire ? Ces 20% qui font la différence sont importants et devraient nous motiver, ensemble, à ne pas laisser une voix en route.
Beaucoup de mes ami.e.s pas convaincu.e.s sont persuadé.e.s que Macron président fera le lit du FN pour 2022. 2022, c’est loin. Il suffit de rappeler la folle campagne : rien n’est jamais joué d’avance. Sans compter que Marine Le Pen finira bien par se rendre, de gré ou de force, devant les juges pour les innombrables affaires de corruption qui l’entourent. Le travail de la justice sera d’autant plus serein que l’ex-présidente du FN sera politiquement diminuée. Un échec politique et c’est l’assurance d’une quasi-guerre fratricide entre les factions, ce péché mignon de l’extrême droite. Empêchée ou inéligible, Le Pen verra alors 2022 comme un horizon lointain. Pour toutes ces raisons, le 7 mai, j’irai voter Emmanuel Macron. Et vous ?

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